Les tocards

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                                                        Z’ai cru voir un psychopathe…

Ode à tous ces tocards qui ont croisé ma route – et je ne parle même pas de mes exs – et qui m’ont donné les armes du mépris, de l’indignation et suffisamment de respect de moi-même pour qu’aujourd’hui je sache leur dire: Allez vous faire foutre! Toi, le pervers narcissique (je sais que ce terme est à la mode mais honnêtement je n’en vois qu’un à caractériser comme tel), toi le stalker, toi qui aurais dû me guérir mais as abusé de ma faiblesse, que mon cri s’élève et soit rejoint par ceux de toutes les proies trop faciles des manipulateurs de tous genres, afin que vous entendiez enfin le meilleur conseil qu’on puisse vous donner: ALLEZ VOUS FAIRE FOUTRE!!

Cet article m’a été inspiré par l’un d’eux, qui a repris contact avec moi juste pour me demander des nouvelles sans consentir à m’en donner en retour. Moi, bonne poire, je VEUX croire (comme Fox Mulder) en la bonté des gens et plutôt que de les ranger d’emblée dans la catégorie « tocards », j’ai tendance à leur laisser une deuxième chance… puis une troisième quelquefois. Shame on me. Wait, what??? Shame on me?? Noooooo!!!! Shame on them!! Shame! Shame! Shame!!!!

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J’ai conçu de cette dernière aventure (en date, parce que, soyons honnête, on n’a toujours pas inventé le radar à tocards) un malaise dans lequel j’ai tout de même réussi à distinguer ce qui n’allait pas, à identifier des traits communs à tous les tocards. Évidemment cette analyse doit encore faire ses preuves, mais j’ai un peu de temps devant moi, alors je vais essayer de démontrer ma théorie grâce aux quelques cas pratiques qui ont croisé ma route: le tocard A BESOIN de toi. Il se nourrit de toi. Il sait que tu es infiniment meilleur(e) que lui. Même  lorsqu’il cherche à t’écraser, c’est parce qu’il t’adule. Sa dépendance peut prendre diverses formes, mais n’oublie pas: dans le fond, c’est toi le plus fort. Sans toi il n’est plus rien, de même qu’un maître a besoin d’un esclave pour être maître (c’est pas moi qui le dis, c’est Hegel).

Cas pratiques:

  1. L’ami d’enfance

Tu lui fais confiance depuis toujours. Vous avez été ensemble à l’école, les petits camarades vous ont même « mariés », une véritable complicité vous unissait. Puis vous avez grandi. Il t’ a fait savoir (maladroitement) qu’il t’ aimait, tu l’as (encore plus maladroitement) rejeté pour te rendre compte quatre ans plus tard que toi aussi tu l’aimais. Ce que tu lui as avoué… frontalement. Il t’a laissée en plan, les cheveux dégoulinant sous la pluie, avec une mare d’estime de toi fondue à tes pieds. Bref. Le temps a passé, vous vous êtes assagis, vous êtes revus en tant que potes, et une fois adultes vous êtes même parvenus à reparler du passé en rigolant et tout et tout. Tu l’as aidé à corriger son mémoire, il t’a offert une épaule quand ça n’allait pas. Puis il s’est mis à te croiser, de plus en plus brièvement, compensant sa hâte de filer par des SMS pleins d’humour – il était devenu ce pote d’enfance un peu barge, avec qui on pouvait délirer sans arrière pensée, ça t’allait bien. Oui mais… Tu apprends que, s’il te parle volontiers de son taf, il dissimule plein de choses sur sa vie: il est en couple, vient d’être père, vit au-dessus de la pharmacie. Tu attends patiemment qu’il daigne t’annoncer la bonne nouvelle… Rien. Il te parle de la pluie, du beau temps, et botte en touche à la moindre question légèrement orientée de ta part. Et un jour, sans crier gare, il t’avoue qu’il a des regrets, qu’il est passé à côté de quelque chose avec toi. Tu lui réponds clairement de ne pas se faire de films, la conversation monte en mayonnaise, tu lui balances que tu sais pour sa fille et qu’il te l’aurait annoncé lui-même s’il avait une once de considération pour toi. Silence radio pendant un an… et il revient, la fleur au fusil, mendier de tes nouvelles. Tu lui racontes ta nouvelle vie, avec enthousiasme et sans laisser la moindre place à son imagination galopante, et lui demandes naïvement: « Et toi alors? » – « Moi? Rien. » Malgré ton insistance, il ne veut plus rien te révéler, ni taf, ni vie familiale, ni projets. Ah, là je peux te dire que tu as bien ouvert les yeux. Ce type se nourrit de ta vie! C’est du voyeurisme! Aucune amitié là-dessous (ou alors j’ai une vision trop exigeante de la sympathie la plus élémentaire). Tu lui dis d’effacer ton numéro et de t’oublier. Et depuis, ce tocard te harcèle, prétendant qu’il ne peut t’oublier. Eh bien c’est SON problème!

  1. Monsieur Double Personnalité

Seule exception à la règle, c’est un ex. D’abord le cousin d’une amie, rencontré au mariage de celle-ci. Le gars était drôle, prévenant, il ne s’est rien passé mais tu avais l’impression de le connaître depuis longtemps. Vous restez en contact via messenger et trois ans plus tard, il t’invite pour le réveillon du 31 décembre. C’est loin, ça te dépayse, t’es contente et ne demandes rien de plus. Pourtant le mec se met d’un seul coup à te faire la grande scène du 2, genre LA déclaration qui tue, tu as l’impression d’être tout pour lui et tu succombes… un peu vite. Il est génial… les deux premiers mois. Puis il vrille. Te traite comme une bouloche sur un pull en cachemire. Tu le quittes. Tu regrettes – t’as pas de force de caractère si tu te braques à la première crise, penses-tu -. Il te regrette aussi. Vous vous remettez ensemble. Au bout de quelques semaines, il ne répond plus à tes messages, ni à tes appels, c’est ce qui s’appelle se faire ghoster en beauté. Flaque d’estime de toi à tes pieds. L’explication vient plus tard -en fait ce n’est pas une explication, rien de ce qui sort de sa bouche n’est honnête et tu le sais – , un ramassis de conneries condescendantes au possible sur le fait que rien n’est jamais figé, que les sentiments eux aussi peuvent changer. Va te faire voir, tocard. Et cette année pour ton anniversaire qui t’envoie un message mielleux? « Ça me ferait plaisir d’avoir de tes nouvelles, tu verras ma vie a bien changé à moi aussi ». Pardon?? J’ai loupé un épisode? C’est quoi ce sous-entendu? Genre tu sais que MA vie a changé? Mais d’où???? Ok, c’est peut-être sa cousine qui lui a dit… mais j’en doute… Comme je ne lui ai pas répondu, je ne le saurai probablement jamais. Et sa vie, franchement, ne m’intéresse pas.

  1. Le pervers narcissique

Alors là c’est un cas un peu strange. Je prenais des cours de guitare il y a plusieurs années chez un musicien qui consacrait son garage à ça. Les tarifs étaient intéressants, le prof prenait en compte mes envies de jouer plutôt tel ou tel morceau et me faisait comprendre la musique bien mieux que les profs que j’avais eus plus jeune dans une école de musique. Bref, tout se passait bien, on papotait pendant les cours, mais de choses banales, sa femme était à l’étage avec leur môme, il savait que j’étais en couple, rien d’anormal. Un jour, alors que j’étais chez moi, il m’appelle. Je réponds, il me dit qu’il est en bas de chez moi (j’avais rempli une fiche avec mes coordonnées en souscrivant à ses cours) et qu’il a à me parler. C’était à une période de transition, genre l’été, les horaires et les jours pouvaient amenés à être décalés en fonction de ses autres élèves, et les autres profs au black lui reprochaient ses tarifs trop compétitifs. Naïvement, je pensais qu’il voulait évoquer avec moi la délicate question de l’argent et de ma poursuite de ses cours -ou non- et sur quel créneau, à la rentrée. Je lui dis de monter. Je me souviens qu’il est arrivé trempé comme une soupe, j’ai dû aller lui chercher une serviette. Il pleuvait. Aujourd’hui je me demande s’il n’a pas attendu de longues minutes en bas de chez moi avant de se décider à me passer cet appel. Je fais un thé, on discute de tout et de rien, genre, je lui demande même des nouvelles de sa femme, et j’attends qu’il aborde le sujet qui l’amène. Et alors, au détour d’un rien, il me balance que je suis une fille – non, une femme (je me souviens qu’il s’est repris) formidable, mais qu’il sent qu’il me manque quelque chose pour que je sois tout à fait épanouie.

Existe-t-il une manière élégante de s’étouffer avec son thé? Je ne crois pas. Qu’est-ce que c’était que ce diagnostic non sollicité? Est-ce qu’il se rendait chez chaque client pour lui dire ça, ou quoi? C’était carrément lui qui avait besoin de se faire soigner! Un peu (beaucoup) flippée, j’ai ramé pour reprendre les rênes de la conversation avec le restant de dignité qui avait survécu à ce thé de fous, l’ai rassuré (tout va très bien merci) et l’ai remis sur les rails… des cours de guitare. Il est reparti sous la pluie (qui sait, il avait peut être besoin d’une douche froide!) et je suis encore allée à un ou deux cours, qui se sont déroulés normalement.

Mais je me suis quand même pas mal interrogée: qu’est-ce qui chez moi n’allait pas? Qu’est-ce qui faisait que je me sentais souvent à côté de la plaque, dans mes relations aux autres? Il avait réussi à s’insinuer dans ma tête, à me faire douter. Il se présentait comme détenteur d’une vérité que je ne connaissais pas mais dont j’avais besoin sans le savoir, comme un gourou, comme un sauveur. Il sous-entendait que je n’étais pas heureuse en couple, il cherchait à m’éloigner de mon copain. À m’isoler. À me faire craquer pour lui, à me prendre sous sa coupe.

J’en ai parlé à une amie psy, qui m’a rassurée et m’a dit qu’il avait inventé ça pour se donner un pouvoir sur moi. Pervers narcissique, quoi.

À la rentrée je l’ai mythonné comme quoi je ne pouvais plus venir à ses cours parce que j’avais déménagé. Fait chier, j’avais quand même perdu un excellent prof.

 

  1. Le stalker

LE psychopathe que tu n’as pas envie de croiser. Celui sorti tout droit d’un thriller de Moe Hayder. Celui qui te colle des frissons sur l’échine. À la base lui et moi faisions partie d’un groupe d’amis, tous profs de différents établissements rencontrés au fil des remplacements. Deux filles et trois gars… Cherche l’erreur. C&M se sont mis en couple, et moi-même ai succombé au charme de P. Si tu es fort en Cluedo, tu as compris que D. restait sur la touche. Il s’est mis à faire une fixette sur moi, à me suivre dans la rue en se cachant dans les porches. Je m’en rendais compte, c’était pas un pro de la filature hein, les chiens lui aboyaient après. Je modifiais mon itinéraire, allais n’importe où pour qu’il ne sache pas où je me rendais vraiment, mimais des appels en marchant… comme on fait quand on se sent suivie la nuit. Hors de question pour moi de me retourner ou de le confronter: j’ai toujours pensé que confronter un tocard à sa folie était le meilleur moyen de révéler toute l’étendue de celle-ci. J’ai accepté d’aller prendre un café avec lui pour savoir à quoi je devais m’attendre. Je ne m’en suis pas rendue compte alors, mais tout ce qu’il me disait avait pour but de m’isoler des autres, de me monter contre eux en me faisant croire qu’ils avaient dit ci ou ça. Sous couvert de confidence, il m’a amenée à lui révéler mes propres secrets, en se servant de mes faiblesses qu’il connaissait mieux que moi-même. Un soir que nous étions tous réunis, alors que mon copain et moi avions échangé un regard ou un mot tendre, il a brisé son verre en le serrant trop fort. Il y avait du sang partout. Seule, j’avais su interpréter ça comme une menace, j’étais sous le choc. L’autre nana est allée le consoler sur la terrasse, est revenue en m’accusant de le faire pleurer… Ben voyons… C’était tellement malsain, j’avais l’impression qu’elle aurait voulu me donner à ce type. Peut-être la manipulait-il elle aussi. J’ai pris mes distances, soutenue par mon nouveau mec. Nous avons fait bande à part. Mais, le soir, si je m’approchais des fenêtres de mon salon au deuxième étage, je le voyais, ce malade, planté droit comme un piquet sous un réverbère, les yeux levés sur mon appartement.

Je ne sais combien de temps ça a duré. Et puis j’ai déménagé, et j’ai prié pour que jamais personne ne lui révèle quoi que ce soit sur moi. Mon instinct m’a pas mal aidée sur ce coup-là, mais c’est une autre histoire…

  1. Le thérapeuthe

Après une rupture plus douloureuse que les autres, je me suis souvenue de ce médium que m’avait conseillé ma meilleure amie, également magnétiseur et ostéopathe. Certains « signes » m’ayant confortée dans ma décision d’aller le voir, je me suis retrouvée dans une situation plutôt inconfortable chez ce vieux monsieur aux airs si doux et aux phrases si consolatrices. Si la consultation s’est déroulée (je pense) normalement, elle a duré bien plus longtemps que prévu. Il faut dire que j’avais beaucoup d’ondes négatives à chasser… Une détresse immense qui émergeait… une faiblesse, aussi, qui devait bien se voir et dont je pense qu’il a essayé de profiter. Il m’a tenu des propos mielleux, j’étais son ange, une rencontre unique dans sa vie, il voyait mon aura, j’en passe et des meilleures. Il a tenu à me montrer son album de témoignages: des familles dont il avait retrouvé un enfant disparu grâce à son pendule, ce genre de choses. Curieuse et polie, ne voyant pas de mal à cela, je l’ai suivi dans son salon, il m’a sorti le champagne et… à l’album de témoignages a succédé un recueil de mauvais poèmes qu’il avait lui-même composés. Et à ce recueil a succédé un album de photos (les premières datant des années 50), le montrant torse nu sur une plage, année après année, jusqu’à cette année-là. Son book, quoi. Comme je ne suis pas gérontophile, j’ai prétexté un appel important pour filer. Il voulait me raccompagner en Porsche mais j’ai refusé. Si, pour lui, tous les moyens étaient bons pour me montrer quel bon parti c’était, de mon côté, hors de question que je lui montre où j’habitais: côté stalker, j’avais déjà donné. Apres tout, s’il y tenait, il n’avait besoin que de son pendule pour me retrouver! J’étais quelque peu amusée cette fois de l’audace de ces hommes qui ne doutent de rien, mais blessée d’avoir été piégée alors que j’allais si mal par quelqu’un qui était censé rester neutre et professionnel pour me réconforter. Son attitude a comme gommé les paroles d’encouragement et de soutien qu’il m’avait d’abord prodiguées.

Pourquoi m’a-t-il draguée moi alors qu’il s’est toujours bien comporté avec mon amie, et avec, vraisemblablement, d’autres patients? Il a vu ma faiblesse et l’a prise pour une brèche dans laquelle il pouvait s’engouffrer. Il avait BESOIN que je sois désespérée.

  1. Le sociopathe

C’était un rancard issu de rencontre 2.0, un mec qui m’avait paru sensible… oui mais voilà, il l’était peut-être un peu trop. Comme je n’arrivais pas à me remettre de cette rupture qui m’avait menée au tocard n.5., je me suis dit qu’il fallait que je me force à faire des rencontres… Oups. Mauvaise idée! Peut-être parce que je n’ai pas assez d’expérience des sites de rencontres, que c’est illusoire de penser que le premier rendez-vous IRL fera l’affaire… En fait, on devrait poser des lapins aux 40 premiers pour s’épargner des déconvenues, et le 41ème serait le bon? Non? Comment ça marche??? Si certains y trouvent leur compte tant mieux pour eux… Moi, ça m’a vaccinée.

J’avais bien fait mes devoirs (moi aussi je sais espionner hi hi) et j’avais decouvert, avant le premier rendez-vous, son nom de famille, son métier (ingénieur), et plusieurs autres détails. Oui mais voilà: c’est pas parce qu’un type est ingé, ou pompier, ou commissaire de police, qu’il a la lumière à tous les étages… non, non, non!!

Déjà en le rencontrant un signe aurait dû m’avertir que ça ne tournait pas rond: le mec n’avait AUCUNE déco chez lui. Mais comme je fuis les préjugés, j’ai pensé qu’il venait de s’installer, que son ex était partie en emportant tout, qu’il avait tout donné à un réfugié ou qu’il investissait tout son pognon en voyages.

D’ailleurs il était plutôt riche, mais si radin que Picsou ne l’aurait pas désavoué. Nous nous sommes rencontrés deux fois, je te passe les détails, mais le mec était tellement mort de faim qu’il prétendait déjà être amoureux au bout de quelques heures. Genre il avait prévu ma présence à une fête pour me présenter à ses potes. Merci mais non merci… Il était triste comme un bonnet de nuit, j’avais toujours l’impression de devoir faire  seule des efforts pour mettre une bonne ambiance, diriger la conversation, trouver des points communs.

La première fois nous nous sommes retrouvés chez lui en banlieue parisienne et nous sommes allés à Paris. La deuxième fois, j’avais un cours de bricolage à Paris et il devait me récupérer en voiture et m’emmener voir une expo puis dîner. Je le revois assis à m’attendre sur un banc, il y avait un tel hiatus entre l’expression exagérée de ses sentiments et son attitude à peine galante que je n’avais déjà plus aucune envie de faire le moindre effort. Il ne m’a pas demandé comment s’était passé mon atelier, s’est énervé dans les bouchons parce que j’étais sortie en retard et que ça ne valait plus le coup d’aller voir l’expo, et puisqu’on ratait l’expo autant zapper aussi le restau, et rentrer dîner chez lui. J’étais déçue mais je ne me voyais pas dire: laisse-moi, je vais me faire un restau toute seule, alors j’ai dit Ok. Le trajet en voiture, pendant lequel la même cassette audio que pour notre première sortie passait en boucle, m’a semblé interminable. Quelques kilomètres avant la fin, il m’annonce qu’il a une surprise pour moi… dans le coffre. J’avoue, mon point de vue avait tellement changé sur lui que je m’attendais alors au pire, genre un autostoppeur ligoté ou bien des instruments de torture. On arrive chez lui… et il y avait dans son coffre…

Des sacs de courses. Pleins de produits surgelés. Qu’il avait donc achetés AVANT que je ne sorte en retard de mon cours, qu’on ne rate l’expo puis le restau, comme s’il avait prévu dans tous les cas de revenir chez lui. Ou alors il souhaitait laisser tout ça se décongeler tranquillement dans son coffre. D’ailleurs, ça faisait déjà plus d’une heure que c’était là-dedans. Si je résume, ma surprise consistait à l’aider à porter ses sacs lourds comme tout dans sa maison. Suuuuuuuper.

J’ai attendu qu’il range tout ça dans son congel et je lui ai expliqué que je ne me sentais pas très en forme et que je ferais mieux de rentrer chez moi. Pouvait-il m’accompagner à la gare? Il a commencé par refuser, j’ai tenu bon, il argumentait, j’ai pris mes affaires et lui ai dit qu’avec ou sans son aide je rentrais et que même s’il me fallait une demi-heure pour rejoindre la gare à pied j’y arriverai avec ou sans son aide. Il a soupiré et m’a dit: Ok, je te raccompagne.

Il fallait moins de dix minutes en voiture.

Dix minutes qui ont été vingt, vingt-cinq, trente, je ne sais plus.

Au moment de prendre la première à droite au rond-point il a fait un tour complet, donc demi-tour, parce qu’il avait décidé de me ramener chez lui.

Et là, je te jure, j’ai vraiment paniqué.

Genre j’étais un objet? Sa propriété? Je n’avais pas mon mot à dire?

J’aurais bien ouvert la portière et sauté mais à cette vitesse je me serais blessée, il m’aurait rattrapée.

Je me suis vue morte dans un fossé de la vaste forêt de Fontainebleau, gisant à moitié dénudée, les yeux grand ouverts dans une expression d’horreur. J’ai vu, en une fraction de seconde, un promeneur découvrir mon corps dix jours plus tard, les flics arriver et boucler le périmètre, les petits cartons disposés tout autour de moi comme dans un jeu de cartes macabre, numérotant chaque indice potentiel qui ne mènerait à rien. J’ai vu le chagrin de ma mère, et son incompréhension « Mais enfin que faisait ma fille dans ce bois? », j’ai vu la réaction de chacun de mes proches, et j’ai repensé à tous les épisodes de Faites entrer l’accusé que j’avais matés ces dernières années. Le dialogue. Entrer dans le jeu de l’agresseur, ne pas le braquer. Rester douce. Mais ferme.

Et, au bout de cinq ou six allers-retours entre deux ronds-points (j’arrivais à le convaincre, puis il changeait d’avis, puis il se résignait, et rechangeait d’avis…) il m’a déposée à la gare. Je me suis montrée une dernière fois rassurante et faussement décontractée, histoire qu’il ne me suive pas sur les quais, et j’ai répondu à son texto en disant que j’étais bien installée dans un wagon  alors que je venais, en pénétrant dans la gare, de voir mon train partir sous mes yeux désemparés. Plus tard, il m’a recontactée, évidemment, il voulait me revoir, et je me suis permis de lui balancer ses quatre vérités avant de le « bloquer ».

Ca me fait une histoire effrayante à raconter le soir au coin du feu.

 

  1. L’amie d’enfance

Pour conclure cette liste en beauté, il faut que je te parle de mon amie d’enfance, rencontrée en maternelle. Nos mères étaient amies à l’école primaire. Sa mère et elle ont déménagé plusieurs fois, et en grandissant mon amie et moi nous sommes éloignées, pour nous retrouver de temps en temps.

Un soir que nous avions toutes quatre dîné au restaurant (j’avais 16 ou 17 ans), je lui propose de venir dormir à la maison pour qu’on continue de bavarder une partie de la nuit. Elle accepte… et change d’avis au moment de partir au prétexte qu’elle ne veut pas laisser sa mère toute seule. Comme aucune raison médicale ou autre n’expliquait ce revirement, j’ai trouvé ça étrange, après tout c’était une grande fille non?

En fait, je ne le savais pas encore, mais à partir de là tout était dit. La donzelle avait une relation étrange avec sa môman, que je comprenais d’autant moins qu’ayant moi-même une mère poule à tendance étouffante, j’ai tout fait pour fuir cette surprotection et tenter de vivre une adolescence « normale », avec son lot de désobéissance, d’émancipation et de conneries. En l’occurrence, je n’avais pas proposé à ma copine de faire le mur et de retrouver des garçons en cachette, ni de fumer de la beuh, ni quoi que ce soit de plus folichon qu’une soirée pyjama.

Nous nous sommes revues sagement au lycée et elle a redéménagé peu de temps après.

Quelques années plus tard, sa grand-mère décède. Mère et fille reviennent au bercail, je suis prévenue, on reprend contact. Ce que j’apprends alors me glace le sang: mon amie se plaint d’avoir dû veiller le corps avec sa mère puis partager avec cette dernière le lit de la défunte. Pourtant, la maison est grande, les chambres ne manquent pas. Visiblement, elles dorment encore ensemble à vingt-quatre et cinquante ans. Elles ne travaillent ni l’une ni l’autre, vivent d’expédients, la jeune femme semble totalement tributaire de celle qui l’a élevée et qui la maintient dans une dépendance financière et affective totale. Elle n’a pas le permis. Pas d’amis. Pas de loisirs autres que celui de regarder la télé.

Moi, je suis prof, j’ai mon appart, un copain, plusieurs groupes de potes… J’ai l’impression d’être la seule à avoir eu la chance de devenir adulte.

J’essaie de lui montrer qu’une autre vie est possible, je l’invite à plusieurs reprises… sans succès. De temps en temps, elle m’appelle pour me demander de menus services que je lui rends sans me poser de question, malgré leur étrangeté (comme la fois où elle m’a demandé, paniquée, de vérifier immédiatement sur internet la liste des pays étrangers francophones, avec prix et dates des billets d’avion aller simple)…

Un jour qu’elle est de passage dans ma ville, elle m’en avertit et je l’invite au restau. J’espère pouvoir ainsi poser des questions, comprendre ou aider cette nana. Au dernier moment, sa mère rapplique et me voilà forcée devant le fait accompli de lui payer le restau à elle aussi. Je n’en saurai pas plus.

À quelque temps de là, je reçois un message vocal: elle est en train de vider la maison de la grand-mère avec sa mère, elle me propose des bouquins: je peux la rappeler pour qu’elle sache ce qu’elle peut mettre de côté? Et elle ajoute: Enfin, ne me rappelle pas uniquement dans l’intérêt de récupérer des livres gratuitement. Prends de mes nouvelles, aussi.

Moi qui déteste les procès d’intention à peu près autant que me faire traiter de profiteuse de la part de quelqu’un à qui j’ai voulu tendre la main et qui n’a rien fait pour la prendre, j’ai vu rouge. En fait je ne l’ai pas rappelée. Elle s’est mise à partir de là à me harceler au téléphone, à me laisser des messages tous plus ou moins insultants, voire menaçants: « Je sais que depuis hier tu es dans ta famille! Rappelle-toi, on habite le même village et j’ai vu ta voiture dans la cour! Je sais quand tu es là et quand tu n’es pas là! Tu es prévenue, j’espère que tu vas passer me voir… »

Je n’ai jamais répondu. Je l’ai recroisée, une fois, en ville et j’ai changé de trottoir. Elle marchait en compagnie de sa maman.

On a grandi dans le même village, nos mères se connaissaient depuis l’enfance… On était, petites, prédestinées à être amies. Parfois, je sais que c’est bête, mais je me dis que ç’aurait pu être moi, que j’aurais pu avoir sa vie. Sa mère qui l’enferme mentalement, psychologiquement et sûrement physiquement en la maintenant dans cette relation fusionnelle est sans doute la plus grande psychopathe de toute ma liste. Alors, d’accord, j’en ai croisé des tocards, mais au fond je le vis bien.

Cela dit… Si toi aussi tu as un tocard à partager, à qui tu voudrais dire, même virtuellement, d’aller se faire foutre, lâche-toi dans les commentaires! Je me sentirai moins seule 😉

💜💜Iris

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