Etre ou avoir

requin-pêcheur-leboncoin-vendre-en-ligne-marketplace-arnaque-internet-acheter-déco-vintage.jpg

Je suis une nana « à l’ancienne », une meuf qui a du mal avec tout ce qui évolue, tout ce qui change à toute vitesse. Si j’ai une vie antérieure, celle-ci a forcément pris son pied au XIXème siècle; le XXème, ça passait encore, mais depuis que j’ai mis un pied dans le XXIème, allô maman bobo!

Je ne sais quelle est la part de « moi-même », la part de hasard ou encore la part d’atavisme qui fait que j’ai décidé de me lancer dans le marché du vintage. Mes grands-parents étaient antiquaires, mais à une époque lointaine qui m’a laissé peu de souvenirs. J’aime les belles choses et, c’est vrai, pour moi ce sont souvent de « vieilles » choses. Comme en urbex. Des choses qui ont une âme, qui ont servi à des gens d’une autre époque, avec des valeurs d’une autre époque aussi – du savoir-vivre, au moins.

J’ai donc commencé à chiner, dans l’espoir de restaurer et de revendre. Conclusion: j’adore la partie « restauration » (même si ça demande plus de place et d’investissement que ce que je pensais), mais je suis fâchée avec la partie commerce. C’est vrai, même quand je tiens un stand à un vide-greniers, je n’ai pas envie de tenir la jambe aux gens. Quand je vais dans chez Mango, je n’aime pas que les vendeuses empressées s’abattent sur moi comme une nuée de moustiques, ça aurait plutôt tendance à me faire rebrousser chemin. De l’autre côté du tiroir-caisse, c’est pareil: je veux être un conseil, une oreille attentive si on me sollicite, mais pas une mort-la-faim prête à débiter n’importe quelle connerie et à sourire avec hypocrisie pour conclure.

Force est d’admettre que je suis dans doute à côté de la plaque. Comme je n’arrive pas à vendre, je me suis dit que je profiterais de mes droits à Pôle Emploi pour suivre une formation dans la vente. C’est un domaine très étendu, avec des horaires plutôt diurnes, et du travail potentiellement dans toutes les villes. Je développerais ainsi des techniques pouvant m’aider dans mon domaine, et aspirer à des postes en CDD ou CDI dans des secteurs qui me plaisent, comme: vendeuse en librairie, vendeuse en magasin de bricolage, vendeuse en magasin de meubles……..

Mais je dois me rendre à l’évidence: j’en passerais nécessairement par l’obligation, à un moment ou à un autre, de « me » vendre. De me travestir en la personne la plus souriante au monde, la plus à l’aise, la plus conviviale. La moins vraie. C’est la dure loi du travail, chérie. Suis-je prête à ça?

Mon impression, c’est que, si les vendeurs veulent vendre, les acheteurs ne veulent pas forcément acheter, et que ces rapports humains sont biaisés. Je m’explique: n’ayant pas réussi à finaliser le site internet sur lequel je voulais mettre mes trouvailles en ligne, je me suis résolue à en mettre quelques-unes sur leboncoin, pour commencer (et me faire un peu d’argent pour aller voir mes parents). Enfer et damnation!! Ma bonne dame, ce n’est plus ce que c’était. Au bout de trois mails, j’avais l’impression d’avoir entrepris traverser une forêt mal famée au Moyen Âge, seule avec mon cheval et deux sacs d’or.  Tous les gredins m’avaient repérée en moins de temps qu’il n’en faut pour écrire « à venir chercher sur place », et prétendaient déjà m’imposer leur loi: paiement PayPal, paiement DHL, l’argent du beurre et la main de la crémière.

J’ai raté un wagon où quoi? « De mon temps », c’est-à-dire à l’époque où j’ai acheté un vélo et une combinaison de pêche sur Leboncoin, on cliquait sur sa région puis sur son département pour cibler les annonces autour de soi. Ça permettait de voir la marchandise, surtout pour des produits somme toute assez interchangeables. Le bon vieux temps, quoi, aka les années 2000…

Après avoir poliment pris le temps de répondre que j’avais certaines demandes auxquelles je ne souhaitais pas déroger, j’ai supprimé mes petites annonces pour ne plus me faire embêter par tous ces arnaqueurs en puissance et me suis dit que j’allais les poster sur MarketPlace, un service de Facebook. Là au moins, pas de doute: on publie directement en fonction de son secteur géographique.

Oui mais… visiblement, certains ont la gâchette facile. Et par « gâchette », j’entends le bouton qui envoie automatiquement une requête en MP pour savoir si « l’article est-il encore disponible? ». OUI Madame, si je n’ai pas désactivé l’annonce, c’est encore en ma possession. Je ne publie pas pour me faire faire la causette par message automatique interposé, s’tu veux.

Bon, évidemment je ne réponds pas ça. Je mets « Bonjour, oui l’article est encore disponible. » Et j’attends. Comme à la pêche en somme. Si on remonte trop vite la ligne, pas de poisson.

Nombre de conversations de ce type auxquelles j’ai répondu dans la minute et qui sont restées sans réponse: six. En gros je commence à me dire que les gens auraient kiffé que ce soit déjà parti. C’est vrai, ils sont sympa ces gens, ils soutiennent mes effort!. Ou alors ils se disent: « Oooohhhh j’ai vraiment envie de ça mais je ne peux pas l’acheter pour le moment, on va tenter quand même si ça se trouve ça me sera déjà passé sous le nez et voilà ça sera le destin. »

Franchement, je penche carrément pour la seconde hypothèse. Du coup, je me suis mis un petit coup de pied au cul: je me suis dit que je devais allonger la ligne. À présent je réponds: « Bonjour, oui c’est encore disponible, êtes-vous intéressé? ». Questioooonnnn. Attention, t’es obligé de répondre à ma questiooooonnnnn. Même si elle est con. Enfin, disons que ça m’étonnerait que tu oses répondre « non ».

Eh bien là, les gens répondent, effectivement, mais un peu tout et n’importe quoi. J’ai eu:

celle qui le soir voulait acheter absolument, qui me donnait rendez-vous pour le lendemain 13h, et qui le lendemain matin se désiste car une urgence l’a rappelée au Royaume-Uni (jsuis ptêtre méchante, mais j’y crois pas une seule seconde à son excuse).

celle qui après une conversation « normale » me dit qu’elle m’achète deux articles… mais qu’elle n’a pas d’argent avant deux semaines. Elle est gentille…… je ne serai pas là à cette époque, je vais voir mes parents. Je ne vais pas bloquer la vente pour elle non plus… ni reporter mes vacances!

celles qui veulent que je les renseigne sur la distance chez elles-chez moi, alors que je leur ai déjà donné l’adresse. « Pourriez-vous m’indiquer le nombre de kilomètres exactement », que l’une d’elles demande. Je ne suis pas « exactement » un GPS, mais écoute… Google est ton ami!

celle qui demande des informations produit sur un objet numérique que j’ai glissé là AVEC LA FICHE PRODUIT qu’elle aurait pu prendre la peine de lire, ou alors c’était juste pour faire la conversation?

Sans compter tous ceux qui « vont réfléchir »… Très, très mauvais, la réflexion. C’est l’équivalent commercial du rateau sentimental « Je préfère qu’on fasse une pause ». Genre la pause qui s’éternise. Ou alors tous ces gens qui réfléchissent réfléchissent tellement qu’ils se font aspirer par un trou noir, je ne sais pas. J’ai trop envie de leur dire: Je ne te connais pas, tu ne me connais pas, alors dis-moi franchement que tu préfères passer ton chemin, n’aie pas peur de heurter mes sentiments!

Pourquoi tous ces gens font-ils semblant d’acheter, au final? Ils t’abordent, se renseignent sur le produit, toi t’es là à leur balancer des photos sous tous les angles et tous les éclairages, à leur confirmer le « bon état », et subitement voilà que ça ne les intéresse plus. Pourquoi???

Ma théorie, c’est qu’ils font des achats par procuration. Ils n’ont pas de thunes, pas de temps, pas de place, pas d’usage du produit mais ils s’imaginent l’avoir pendant quelques secondes et cela les satisfait. Ils ont l’impression d’avoir gagné, parce qu’ils ont résisté à la tentation et qu’en plus, dans cet échange avec toi au bout, toi en face qui t’uses les pouces à répondre poliment « Mais de rien Madame, bonne journée », ils t’ont maîtrisé. Ils t’ont fait croire, ils t’ont fait espérer, mais pas un seul instant, peut-être, ils n’ont été sincères dans leur démarche. Ils le savaient. Tu ne le savais pas. Tu t’es fait prendre au filet. Le poisson, c’est toi. 

Voilà mon opinion découragée sur cet esprit de décroissance dans un monde de surconsommation. Je remplis mon caddie virtuel sur sephora.fr. Je remplis ma liste d’envies sur amazon.fr. Je fais comme si je voulais acheter ces trucs, je me renseigne parce que ça ne me coûte rien. Mais je résiste! Je réduis ma consommation! Je renonce donc je suis.

                 J’me balade dans les grandes surfaces, j’ai pas assez mais faut payer…

💜💜Iris

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s